Faire feu de tout bois

Projection nocturne en plein air sur le parvis des Tanneries pour, le 31 octobre 2026.

Photo : Les Tanneries CACIN, Amilly, 2026.

Faire feu de tout bois

Projection nocturne en plein air sur le parvis des Tanneries pour, le 31 octobre 2026.

Photo : Les Tanneries CACIN, Amilly, 2026.

Faire feu de tout bois

Projection nocturne en plein air sur le parvis des Tanneries pour, le 31 octobre 2026.

Projection de Motus et bouche cousue, film réalisé en 2004 par Mathieu Poirey, Gabriel Gelade, Anthony Menard et Medhi Leffad (étudiants de l’école des Gobelins) pour les génériques du Festival d’Annecy.

© Gobelins / Festival d’Annecy, 2004.

Photo : Les Tanneries CACIN, Amilly, 2026.

Photogramme extrait de Motus et bouche cousue, film réalisé en 2004 par Mathieu Poirey, Gabriel Gelade, Anthony Ménard et Medhi Leffad pour les génériques du Festival d’Annecy.

© Gobelins / Festival d’Annecy, 2004.

Photogramme extrait de la séquence proposée par l’association Les Prospecteurs du 7e art.

© Les Prospecteurs du 7e art, 2025.

Photogramme extrait du Paysagiste de Jacques Drouin, 1976.

© Office national du film du Canada, 1976.

Photogramme extrait des Bottes de la nuit de Pierre-Luc Granjon, 2024.

© Am Stram Gram / Pentacle productions, 2024.

Photogramme extrait de La Robe peau de Joachim Hérissé, 2025.

© Miyu distribution, 2025.

L’ESPACE STUDIOLO EST PENSÉ COMME LE PROLONGEMENT DIGITAL EXPÉRIMENTAL DE L’ATELIER PARTAGÉ, PAR LES ARTISTES ET LES MEMBRES DE L’ÉQUIPE DES TANNERIES, QUE CE DERNIER SOIT PHYSIQUE OU ENCORE MENTAL. LE STUDIOLO CONSACRÉ À FAIRE FEU DE TOUT BOIS SUIT, RENDEZ-VOUS APRÈS RENDEZ-VOUS, UN CYCLE OÙ LES FILMS, LES ŒUVRES ET LES ARBRES DE LA PRESQU’ÎLE SE RÉPONDENT.

Faire feu de tout bois, c’est prendre ce qu’on a sous la main pour entretenir la flamme. Aux Tanneries, l’expression devient un fil conducteur pour les saisons à venir. On y trouve ce que le lieu offre déjà : des expositions, une ancienne tannerie réhabilitée par l’architecte Bruno Gaudin, un parc où chênes, frênes, aulnes, saules et tilleuls vivent, grandissent et parfois tombent. Et on y ajoute ce que le territoire sait faire : filmer, projeter, raconter, assembler.

Le cinéma à la belle étoile
Plusieurs fois par an, le parvis et le parc des Tanneries accueilleront des projections en plein air. Ce seront des soirées gratuites, avec transats et couvertures, où des courts métrages viendront dialoguer avec les expositions du moment. Films d’auteur, d’animation, d’étude, réalisations professionnelles ou amateurs : la programmation se construit peu à peu avec les cinémas, les associations et les passionnés d’image du Montargois et du Gâtinais. L’idée est de faire circuler les films et les publics d’un lieu à l’autre, et de faire des Tanneries une salle de plus, à ciel ouvert.

Le bois de la presqu’île
Le changement climatique a fragilisé plusieurs grands arbres du parc. Certains sont tombés, d’autres ont dû être abattus. Plutôt que de les faire disparaître, l’équipe a conservé les fûts et les branches, dans l’idée de les confier à des artistes. Ce bois deviendra matière d’œuvres : une renaissance, et une façon de regarder autrement le paysage et ses transformations. Des élèves, des habitants et des curieux seront invités à suivre ces chantiers et à y prendre part.

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Premier rendez-vous : samedi 31 octobre 2026
Projection nocturne de courts métrages en plein air

Faire feu de tout bois, c’est prendre ce qu’on a sous la main pour entretenir la flamme. Pour l’ouverture de saison L’Année des 10 ans, la formule devient un principe de programmation : des films anciens et récents, d’animation et d’étude, réunis autour des braseros du parvis. Ils dialoguent avec les deux expositions voisines, Sœur de nuit d’Éléonore False et Floraison Froide / The impossibility of maintaining interiority (the house leaks into climate) de Bianca Bondi, et avec la maison qui les accueille. Les Tanneries sont une ancienne tannerie, où l’on a longtemps transformé des peaux. Les films de la soirée en parlent à leur manière : on y coupe, on y coud, on y change de peau.

Collage, couture, épingle : faire tenir ensemble. Chez Éléonore False, le collage est le fil conducteur : images découpées et assemblées, fragments de visages, empreintes, tulle scintillant. Elle part de photographies trouvées, qu’elle découpe, isole et recompose avant de les traduire en collage, en textile ou en sculpture. Les films prolongent ce geste d’atelier. Dans La Robe peau, court métrage de Joachim Hérissé (2025), le couple de tailleurs, ses patrons, ses chutes de tissu et son ouvrage forment le décor, et la robe finale est une couture de matière vivante, un assemblage qui tient, mais à quel prix. Les films de Jacques Drouin (Le Paysagiste, 1976) et de Pierre-Luc Granjon (Les Bottes de la nuit, 2024) font surgir l’image de milliers d’épingles, que l’on pousse une à une, comme on pique une étoffe. Granjon a travaillé un an, à raison de trois secondes de film par jour. La même patience manuelle relie ces films aux œuvres du centre d’art : on voit comment c’est fait, et le fil ou l’épingle reste visible.

Lumière et ombre : le jour et la nuit comme sœurs. Le titre de Sœur de nuit vient d’un poème d’Ingeborg Bachmann, et il porte une série de paires : jour et nuit, conscient et inconscient, présence et absence. Au premier étage, pénombre, ombres, musique originale et architecture industrielle composent un parcours onirique, avec des sculptures de verre à mi-chemin entre la plante et la lampe. L’écran d’épingles ne vit que de lumière rasante, et l’ombre de chaque pointe fait l’image. La nuit de la projection, avec la flamme et le faisceau, prolonge cette dualité hors les murs. Bianca Bondi la traduit en saisons : son plein hiver répond au plein été d’une œuvre montrée dans la même Verrière en 2022, et prolonge la dualité du jour et de la nuit que travaille aussi Sœur de nuit.

Peurs et émerveillement : l’inquiétante étrangeté. Éléonore False invite le visiteur à déambuler entre rêve et inquiétude, dans un monde où les repères se brouillent, avec des corps fragmentés, des animaux, des formes botaniques et des sculptures lumineuses. Chez Bondi, la Verrière est une « ruine réfrigérée », avec un repas laissé en suspens et des fragments de vie domestique que le végétal, le sel et le froid reprennent. Les films tiennent le même registre : l’enfant et la créature de la forêt dans Les Bottes de la nuit (un conte d’enfance sur l’amitié d’un garçon et d’une étrange créature), le fantastique de La Robe peau. Ici l’épouvante est vraie, mais elle est portée par la tendresse d’un couple. La peur et l’émerveillement ne s’opposent pas, ils ouvrent sur les mêmes questions.

Paysages et disparition de soi : deuil, mémoire, métamorphose. C’est ici que les liens sont les plus profonds. Bondi compose des paysages suspendus entre mémoire et disparition, où l’humain n’est présent que par sa trace, et pour elle disparaître devient une forme de vie. Le sel cristallise, le cuivre s’oxyde, l’eau migre ; la voix enregistrée de sa mère, dont la mémoire vacille, fait du jardin un lieu de transmission. La Robe peau parle de ce même deuil : un homme vieillissant qui refuse de perdre sa compagne, et pour qui coudre devient une façon de la garder, quitte à passer de la tendresse à la monstruosité. Dans Le Paysagiste, c’est le paysage qui engloutit celui qui le regarde, et dans Les Bottes de la nuit, l’enfant qui s’enfonce dans la nuit forestière. Chez Éléonore False, les corps fragmentés et les formes qui se dérobent rendent présence et absence incertaines. L’écran d’épingles lui-même est une matière de disparition : l’image s’efface quand on repousse les pointes et ne subsiste que filmée.

Dans le soleil des apparentements. Bondi renvoie elle-même aux « Maisons Apparentées » du projet artistique des Tanneries, et les films de la soirée en forment une de plus, hors les murs : un couple de tailleurs, une maison que le dehors infiltre, un enfant qui sort de chez lui la nuit. Les deux expositions se disent « sœurs », apparentées sans être identiques, et les deux films à épingles, à près de cinquante ans d’écart, le sont tout autant. Calder, dont la manifestation AR(t]CHIPEL présente en région Centre-Val de Loire des maquettes confrontées aux œuvres finales, mais aussi des dessins et des bijoux, est lui aussi un artiste du fil et de l’assemblage. La programmation ne se contente pas d’illustrer les expositions : elle les prolonge, et fait du parvis une troisième salle, nocturne et gratuite.

Au programme : 

– Motus et bouche cousue, film réalisé en 2004 par des étudiants (Mathieu Poirey, Gabriel Gelade, Anthony Ménard et Medhi Leffad) pour les génériques du Festival d’Annecy.
– Une séquence proposée par l’association Les Prospecteurs du 7e art.
– Le Paysagiste, Jacques Drouin, 1976.
– Les Bottes de la nuit, Pierre-Luc Granjon, 2024.
– La Robe peau, Joachim Hérissé, 2025.